Chardonneret élégant
Pour un grand nombre d’espèces d’oiseaux nicheuses communes en Europe, comme le Chardonneret élégant ou le Pic épeichette, les résultats des scientifiques montrent un lien fort entre les
changements observés des effectifs de populations nicheuses et les prédictions de changement d’aire de distribution associées aux
changements climatiques. En mettant en commun leurs données, les équipes ont pu développer un indicateur
montrant comment les changements climatiques affectent les espèces vivantes à travers l’Europe. L’Union Européenne considère cet indicateur comme une mesure officielle des impacts des changements
climatiques sur les êtres vivants du continent, le premier indicateur de ce genre !
L’article scientifique et l’indicateur ont été produits par une équipe de chercheurs du
Muséum national d’Histoire naturelle, de la Royal Society
for the Protection of Birds (
RSPB au Royaume-Uni), des Universités de Durham et de Cambridge (Royaume-Uni), de l’association ‘
European Bird Census Council’, de la Société Tchèque pour la Protection des Oiseaux et de Statistics Netherlands (Pays-Bas).
Frédéric Jiguet, maître de conférences au Muséum, a participé à cette étude. Il commente ces résultats :
« Nous entendons beaucoup de choses sur les changements climatiques et leurs
impacts potentiels, mais nos travaux montrent que leurs effets se font sentir dès maintenant. Les résultats montrent que le nombre d’espèces qui sont touchées de manière négative est presque
trois fois plus grand que le nombre d’espèces qui bénéficient des changements du climat. Bien que les températures aient peu augmenté récemment, il est surprenant de réaliser à quel point
l’impact est déjà visible sur les populations nicheuses d’oiseaux, et ce à travers toute l’Europe. »
L’indicateur de changement climatique combine deux jeux de données indépendants ; des prédictions de distribution future basée sur des modèles dits d’enveloppe climatique, et des données sur les
tendances européennes d’évolution des populations d’oiseaux nicheurs, à l’instar de ce que fait le
STOC (Suivi
Temporel des Oiseaux Communs) en France.
Les recherches montrent que pour un certain nombre d’espèces, les populations européennes devraient augmenter.
Parmi les 122 espèces suivies, celles qui devraient le plus augmenter sont : les fauvettes mélanocéphales et passerinettes, le Guêpier d’Europe, le Bruant zizi, la Bouscarle de Cetti, la Huppe
fasciée, le Loriot, le Chardonneret, la Rousserolle turdoïde et la Tourterelle turque.
Les espèces pour lesquelles les prédictions sont les plus pessimistes sont : la Bécassine des marais, le Pipit farlouse, le Pinson du Nord, la Mésange boréale, le Vanneau huppé, le Rossignol
progné, le Pouillot siffleur, le Cassenoix moucheté, le Traquet motteux et le Pic épeichette.
Concernant les prédictions sur les aires de distribution pour les 122 espèces étudiées (parmi les 526 qui nichent en Europe), 30 devraient montrer une augmentation, 92 une diminution.
Denis Couvet, professeur au Muséum, dont l’équipe a participé au projet, ajoute « Ce nouveau travail met à nouveau en lumière le formidable rôle joué par un très grand nombre de bénévoles qui
comptent les oiseaux chaque printemps à travers toute l’Europe, et sans lesquels notre compréhension de l’impact des activités humaines sur la biodiversité ne pourrait être aussi performant ».